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Il est tout aussi important de prendre soin de nous que de prendre soin de nos proches.

  

Je suis la maman de trois filles. En février 2006, je reçois un appel de la direction de l'école d'une de mes filles, alors âgée de douze ans pour me signifier que la directrice ainsi que la psychologue de l'école souhaitent fixer un rendez-vous afin de me rencontrer. Lors de cette rencontre la psychologue m'explique qu'au terme de plusieurs entretiens avec ma fille, elle considère qu'elle ne va pas bien du tout, car en plus d'avoir des indices d'anxiété ainsi que des manifestations de phobie sociale, elle présente des idéations suicidaires et des idées d'homicide. Elle s'imagine plein de scénarios violents où elle frappe ses camarades de classe en leur frappant la tête sur le plancher jusqu'à ce qu'il y ait un bain de sang ou que la personne meurt. Elle manifeste aussi le désir de tuer ses deux sœurs. Après m'avoir fait part de ces propos horrifiques, on m'annonce qu'afin d'assurer la sécurité des élèves ainsi que celle du personnel enseignant, la direction et la commission scolaire sont dans l'obligation de retirer ma fille de l'école. Son éducation sera assurée par des professeurs assignés par la commission scolaire et qui se rendront à notre domicile plusieurs fois par semaine. On met l'emphase sur le fait que c'est une mesure exceptionnelle normalement réservée aux élèves « accidentés ».

À ma sortie de cet entretien, les idées se bousculent dans ma tête. Je suis totalement en état de choc, car même si j'ai toujours eu des inquiétudes face aux comportements et aux états d'âme de ma fille depuis son tout jeune âge, j'étais loin de me douter de la gravité de la situation. C'est le début de la descente aux enfers. Quelques semaines après cette rencontre, notre fille sombre dans un état dépressif profond. Elle nous fait part continuellement de son désir de mourir. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. On n'est jamais préparé en tant que parents à entendre ce genre de propos de la part de son enfant de douze ans. Mais voilà qu'après quelques semaines se manifestent d'autres comportements inhabituels qui ne s'apparentent pas, à nos yeux, à la dépression. Son humeur oscille entre la tristesse et la joie de vivre. Elle a des accès de rage et de colère intenses. Elle cherche continuellement les conflits et à provoquer. Elle nous insulte et éprouve le besoin constant de dépenser excessivement. Elle ne dort plus depuis des semaines. On a de la difficulté à suivre le flot rapide de ses paroles tellement ses pensées sont en mode accéléré. Nous réaliserons plus tard qu'elle était en phase de manie.

S'en suivra un long et pénible combat pour qu'elle reçoive la médication appropriée car même si elle était médicamentée depuis le mois de mai suivant sa sortie de l'école, sa condition ne faisait que s'aggraver. Certains de ses professeurs ont même démissionné tellement elle était difficile. Quatre années, qui nous ont semblé interminables, s’en suivront avant qu'on pose enfin un diagnostic. Ma fille souffrait de bipolarité, d'anxiété sévère, de phobie sociale et de phobie d'impulsion. Deux ans plus tard, on a aussi conclu qu'elle avait un T.P.L. (trouble de personnalité limite).

Pendant les premiers mois du retrait de ma fille de l'école, je constate que mon autre fille, l'aînée, a plusieurs comportements qui s'apparentent à ceux de sa sœur et même si je tente par tous les moyens de me persuader que je fais erreur, force est d'admettre et de me rendre à l'évidence qu'elle a aussi un problème de santé mentale. Contrairement à mon autre fille, elle n'a jamais accepté d'admettre son état et refuse toujours à ce jour, un suivi en psychiatrie et une médication.

 

J'ai ressenti assez rapidement que je ne pourrais pas garder l'équilibre et la force nécessaire pour passer à travers du chaos qu'entraine deux adolescentes aux prises avec des problèmes de santé mentale sévère sans avoir de l'aide. Alors, n'en pouvant plus de me sentir continuellement au bord du gouffre, j'ai demandé s'il existait de l'aide pour les parents vivant des situations similaires. On m'a parlé de l'Éclusier du Haut-Richelieu et je pense sincèrement que d'aller les rencontrer a été le plus beau cadeau que j'ai pu m'offrir. Lorsque nos proches sont atteints de maladies mentales, on entre dans un monde qui nous est, pour la plupart, inconnu et le tourbillon d'émotions qu'engendre cette situation nous amène à vivre une détresse profonde.

Demander de l'aide n'est pas pour moi un signe de faiblesse mais un signe de courage. À l'Éclusier, j'ai fait la rencontre d'un personnel formidable entièrement dévoué qui a su me guider à travers toutes ces épreuves. Ils ont su répondre à mes questionnements sur les hallucinations  et la psychose de ma fille de douze ans et me soutenir lorsque ma fille m'a appris qu'elle se coupait lorsqu'elle me faisait de la peine. Depuis que je vais à l'Éclusier, je ne me sens plus comme si je nageais à contre-courant et ils m'ont appris qu'il était tout aussi important de prendre soin de nous que de prendre soin de nos proches.  Je termine avec cette phrase qu'un parent fréquentant l'Éclusier a bien voulu partager avec moi et qui m'a été d'une aide précieuse. Ce ne sont peut-être pas les mots exacts mais ça va comme suit :  « Ce n'est pas ce qui nous arrive dans la vie mais ce qu'ont fait avec! »

Merci!

Manon D.