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Il y a eu des moments ou je me sentais vraiment dépassé. J’ai essayé de vivre les événements sans les combattre. J’essayais de les vivre comme si j’étais dans une chaloupe sans rame et que je suivais le courant. J’ai fait confiance aux personnes et à la vie.

   

 Comment en êtes-vous venu à vous dire que votre enfant avait besoin de soins?

C’est suite à un événement très dramatique que nous avons vécu le début d’une nouvelle vie.  Dans la nuit du 17 au 18 août 1999, à 2h 25 la police de l’Ontario nous téléphone pour nous aviser que notre fils avait eu un grave accident de voiture et était à l’hôpital de Kingston.  Il confirme que notre fils était relativement bien tout en ajoutant que c’était grave.  Lors de notre arrivée à l’hôpital nous apprenons qu’une personne est décédée dans l’accident et que notre fils avait été arrêté sous quatre chefs d’accusation.  On nous informe qu’il comparaissait à la cour dans l’après-midi.  Nous avons pu voir notre fils quelques minutes le matin, et dès ce moment, nous avons su que quelque chose n’allait plus. L’événement était grave, mais l’état de notre fils l’était tout autant.

Quels sentiments avez-vous vécu lors de cette prise de conscience?

Je crois que vivre cet événement dramatique en même temps que le début de la maladie de notre fils a permis de canaliser toutes mes énergies pour l’accompagner le mieux possible.  Il y a eu des moments ou je me sentais vraiment dépassé. J’ai essayé de vivre les événements sans les combattre. J’essayais de les vivre comme si j’étais dans une chaloupe sans rame et que je suivais le courant.  J’ai fait confiance aux personnes et à la vie.

Comment  avez-vous surmonté ces émotions et l’impuissance?

Pendant que notre fils était hospitalisé, je me souviens que mon épouse et moi avons eu l’intelligence de consulter une psychologue. Avant d’aider notre fils, il fallait d’abord s’aider nous-mêmes. J’avais un grand besoin de parler, de raconter, de mettre des mots à une grande peine.  Si la personne devant moi se montrait intéressée, sans le savoir, elle venait de signer un contrat de trente minutes d’écoute. Un moment très déterminant a été de connaître l’existence de l’Éclusier. Les nombreuses personnes que je croise sont responsables en grande partie de mon bien-être actuel.  Lors des rencontres de groupe à l’Éclusier, on ne parle pas de la pluie et du beau temps ou de la victoire des  Canadiens, on parle comment on se sent face à la maladie de notre proche et il n’y a personne pour nous juger.  Le partage du vécu de chacun nous permet d’avancer à notre propre rythme.

Est-ce que des gens ont été importants à ce moment?

Certains membres de nos familles et de nos amis ont été très présents lorsque nous en avions besoin.  De plus, mes collègues de travail ont été d’un grand support.  Au  cours des rencontres, voir des personnes rire malgré la douleur qui les habitait a fait naître l’espoir qu’un jour je pourrais rire à nouveau.

Comment  reprendre un équilibre de vie familiale?

Je crois que cela ne s’apprend pas, ça se vit au quotidien.  Au fur et à mesure que les jours passent, on apprend à composer avec les différentes situations et on doit réapprendre que malgré la maladie, notre fils est un adulte.  Je préserve mon équilibre en faisant des activités sportives comme le golf, la balle molle, les quilles, le curling et du ski alpin.  Ces activités me permettent de penser à autres choses et d’oublier. Notre quotidien a bien changé, mais quand je nous compare à des familles qui ont un jeune enfant malade je trouve que notre vie demeure très acceptable.

 Qu’est-ce que cela a amené de positif dans votre vie?

Un jour, j’ai décidé de vivre un jour à la fois.  Je ne devais plus penser à ce qui pouvait arriver dans le futur car cela me faisait perdre mon équilibre. Ce qui est important, c’est le moment présent, demain est un autre jour. Étant à la retraite depuis avril 2001, je me suis impliqué bénévolement en santé mentale.  Avec mes limites, je vis des expériences vraiment enrichissantes que je n’aurais pas vécues autrement. Avoir la chance de rencontrer le Ministre de la Santé, M. Couillard, à son bureau n’est qu’un exemple positif à mon implication.

Je rencontre des gens au grand cœur à l’Éclusier, des gens qui me font grandir comme personne. Je me suis impliqué au sein du conseil d’administration de l’Éclusier, ainsi qu’à la Fédération des familles et amis de la personne atteinte de la maladie mentale (FFAPAMM).  La fédération regroupe 42 associations de familles à travers le Québec. En terminant, j’ai la chance d’avoir vécu ce moment de vie avec mon épouse. Je crois que d’avoir  vécu  ces événements ensemble, nous a permis de traverser ces moments difficiles avec brio.  Nous avons travaillé en équipe, en se supportant, en allant chercher le meilleur de nous même.  Il me semble avoir déjà entendu quelque part qu’avec l’AMOUR on peut défoncer bien des portes.  À la lecture de ce texte, vous en avez une autre preuve.

PS: Je m’adresse à ceux qui présentement vivent avec la douleur de voir un de leur proche souffrir.  Venez chercher de l’aide à l’Éclusier.  Ne restez pas isolés.  Avec le partage de ce que vous vivez, vous m’aiderez à continuer d’avancer.

Avril 2007                                     Michel