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Durant les quatre dernières années, j’ai filmé, sans caméra, 24 heures par jour, une malade qui demeurait chez moi. J’étais le proche aidant d’une personne hypocondriaque atteinte d’une dépression sévère.

Je l’ai accompagné 200 fois chez des professionnels de la santé qui étaient très dévoués et très compétents. Gériatre, gérontopsychiatre, neurologue, infirmière, nutritionniste, physiothérapeute, psychologue, orthopédiste, travailleur social, etc. J’ai été un compagnon, chauffeur, spectateur, le plus souvent assis dans une salle d’attente.

Tous les professionnels faisaient leur possible pour aider la malade, mais n’avaient vraiment pas le temps et le goût de discuter avec moi, le proche aidant qui aurait pu être n’importe qui : un président ou un simple « bum ». Me rencontrer et voir mon film ne faisait pas partie de leur formation, de leurs tâches et de leur protocole de travail. Une fois sur trente, je réussissais à me glisser dans la rencontre. Un verbe qui décrit bien ma relation avec le personnel soignant serait: J’étais toléré ! J’étais un « Backbencher » (Député d’arrière-plan).

Pourtant, j’étais certain de posséder un bon film, plein d’informations gratuites qui auraient pu aider énormément les spécialises et la malade. J’aurais aimé partager mon film avec quelqu’un, n’importe qui, même avec la malade. Mais tout le monde sait qu’un proche aidant qui vit avec la dépendante ne peut pas lui présenter sa biographie. J’avais besoin d’une audience, même si elle se composait d’une seule personne.

Donc j’étais « pogné » seul avec les trente symptômes de la dépression sévère qui se déroulaient devant ma caméra. Tristesse, isolement, mauvaise nutrition, relations brisées, lassitude, chutes, passivité, stress, anxiété, etc. J’ai tenté de montrer ma vidéo à des amis, mais personne ne voyait et ne comprenait, car tout le monde cherchait un os cassé dans mon film.

Finalement, par un bon jour, moi et ma malade sommes passés devant l’Éclusier. « Entrons ». Cinq minutes plus tard, nous suivions un intervenant vers son bureau. Alors que nous nous préparions à entrer : l’intervenant a dit : « Monsieur, j’aimerais voir votre film et vous la « Star » restez dans la salle d’attente SVP » et je me suis senti très soulagé.

Pierre Caméraman